Mois du numérique libre

À Lille, Altertek nettoie vos données pour un numérique plus écologique

Le 17 mars, l’association basée à Lille a organisé un événement dans le cadre du
Cyber World Clean Up Day. Le but de la soirée : aider les citoyens à faire le tri dans leurs photos, e-mails ou vidéos pour faire de la place sur leur téléphone et économiser de l’énergie.

Smartphone en main, les participants écoutent attentivement Samuel, co-fondateur d’Altertek, association qui promeut le numérique responsable. « Le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre », explique-t-il. Cette empreinte écologique est principalement due à la fabrication du matériel. Or, la durée de vie des appareils peut être allongée grâce à un nettoyage des données régulier.

« Dans l’idéal, il faudrait nettoyer ses données tous les jours, avance l’ingénieur de 30 ans. Comme il faut bien commencer quelque part, l’idée est de s’adresser aux gens qui ne se sont jamais demandé s’il fallait nettoyer ses données et à terme en faire des personnes sensibles au sujet. »

C’est justement le but de la soirée organisée par Altertek ce jeudi 17 mars. « On a déjà fait des webinaires de sensibilisation sur l’impact environnemental des usages du numérique et c’est la première fois qu’on fait un événement de ce genre, se réjouit Samuel. La plupart du temps
on s’adresse à des développeurs ou à des personnes qui ont l’habitude de l’environnement du logiciel mais, jamais au grand public. »

Samuel de Altertek guide et accompagne chaque participant pour nettoyer ses données
Samuel, co-fondateur d’Altertek guide et accompagne chaque participant pour nettoyer ses données. PHOTO Marie Thimel

Photos et vidéos, poids lourds sur nos téléphones

Première étape pour atteindre la sobriété numérique : faire le tour des applications et désinstaller celles qu’on n’utilise plus ou peu. Ce sont en effet les applications qui prennent le plus de place sur un téléphone. « Le poids des applications dépend beaucoup de l’effort réalisé sur l’optimisation du code par les développeurs », précise Alexandre, co-fondateur d’Altertek. Certaines structures sensibilisées à l’environnement privilégient un code minimaliste. Résultat : une application peu gourmande en stockage.

Certains participants sont surpris du poids de certaines applications. Exemple avec Spotify sur le téléphone de Tom, gérant du POP café où se déroule l’événement. L’équipe d’Altertek explique que ce type d’application nécessite en effet le téléchargement de musique. Les réseaux sociaux, tout comme les messageries, sont également gourmands en stockage. Photos et images animées (gifs) en sont les principales responsables.

« Dans l’idéal, il faudrait nettoyer ses données tous les jours »

Samuel, co-fondateur d’Altertek, association qui promeut le numérique responsable

Ces derniers temps avec la crise sanitaire les messageries de travail, de famille se sont multipliées. On s’échange beaucoup de contenu multimédia. Problème, ce dernier est téléchargé automatiquement ! Une astuce pour éviter que tout cela prenne de la place : désactiver le téléchargement automatique dans les options de l’application. C’est ce que Samuel et Alexandre proposent aux participants de faire.

En dehors de nos applications, les photos et vidéos prennent aussi de la place. Conséquences sur notre téléphone : ralentissement
quand on ouvre des applications ou encore impossibilité de prendre de nouvelles photos et vidéos. Notre réflexe est de penser que notre matériel est usagé et d’en acheter du nouveau.

Prolonger la durée de vie de nos appareils

Toutefois, un simple nettoyage de données peut suffire à redonner de la vigueur à l’appareil. « Nettoyer son téléphone c’est prolonger sa durée de vie », rappelle Samuel. Deux possibilités : supprimer ses données ou les déplacer sur un espace de stockage externe. « Il existe même des clés USB qu’on peut brancher directement sur son téléphone », complète Tom. Et si vous n’avez pas encore de clé USB mais que vous voulez garder vos photos, des applications permettent de les compresser.

Autre contenu qui prend de la place et qu’on utilise au quotidien : l’e-mail. « Ça pollue lorsque vous l’envoyez, lorsque vous le recevez et selon la taille des pièces jointes, détaille Samuel. Et ces données sont conservées sur un serveur. » L’équipe d’Altertek avance que la plupart des e-mails que nous recevons sont des spams. Il est possible de bloquer les expéditeurs et de les signaler. Alexandre ajoute d’ailleurs que certains sites commerçants envoient des e-mails non consentis après avoir passé commande chez eux. D’autres systèmes permettent de se désinscrire des lettres d’informations.

Un premier pas vers la sobriété numérique

Pour l’envoi de fichiers, l’équipe d’Altertek conseille d’utiliser des dossiers partagés en ligne (cloud). L’intérêt ? Éviter le stockage de doublons : quand vous envoyez un document en pièce jointe d’un e-mail, il est multiplié par le nombre de destinataires et donc stocké en plusieurs exemplaires.

« L’idée n’est pas de faire croire qu’en nettoyant sa boîte e-mail on va sauver le monde mais, c’est de pouvoir prendre un cas d’utilisation que tout le monde maîtrise à peu près, analyse Samuel. C’est un premier pas qui permet à terme de mener les gens vers des pratiques un peu
plus développées comme l’optimisation de son ordinateur, l’allongement de la durée de vie de ses équipements. »

Amener les citoyens vers la sobriété numérique, voilà un des objectifs d’Altertek qui appartient au réseau des Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS). Au quotidien, Samuel et Alexandre accompagnent des associations et des entreprises engagées sur une voie plus verte.

Ombeline Frimat
Texte

Le POP Café, un lieu de médiation numérique au cœur de Wazemmes

Au Pop Café, le but est d’apprendre et de construire ensemble autour d’une thématique : le numérique. PHOTO Déborah Adoh

Un comptoir, une petite épicerie, une imprimante 3 D, des outils de bricolage. L’intérieur du POP Café est surprenant mais, il résume bien la démarche du projet. « Le concept, c’est de mettre de la médiation numérique dans les lieux de vie, résume Tom, responsable du POP Café de Lille.

Ateliers de réparation, de conception, conseils personnalisés autour du numérique, permanences et soirées thématiques, les activités proposées par le POP Café sont variées. « On a tout un aspect programmation, avance Tom qui gère la partie fabrication, graphisme et design. Les mercredis, on organise des ateliers avec des enfants. On essaye de faire découvrir le numérique autrement. »

Toutes ces animations visent à répondre aux besoins des habitants de Wazemmes, quel que soit leur niveau de compétence en informatique. « Le projet est né pendant la pandémie, raconte le gérant du café lillois. Au tout début, il fallait imprimer des attestations de sortie, on ne savait pas où aller. Beaucoup de gens étaient isolés, certains étaient complètement perdus à ce niveau-là. » L’équipe à l’origine du POP Café a donc pris le pari de répondre à la fracture numérique en créant un café, lieu de vie et de rassemblement par excellence.

Ouvert depuis le printemps 2021, l’établissement fait partie d’un réseau. « On a l’ambition de se développer sur toute la France et en Europe », précise Tom. En 2021, trois autres cafés ont vu le jour dans les Hauts-de-France : à Péronne entre Saint-Quentin et Amiens, à Loos-en-Gohelle près de Lens, et à Creil dans l’Oise.

Pour en savoir plus sur les POP Café : https://www.pop.eu.com/pop-cafe/

Ombeline Frimat et Déborah Adoh
Interview, texte et photo